LE MANIFESTE TRANSCULTUREL

Sommaire.

Culture : crise de la culture et invention du pluriel p. 4

Une triple exigence : altermondialiste, écologique, alternative p.7

Concrètement : imaginer p.9

Inventer une troisième voie p 11

Alternatives p.14

Casser l'axe vertical des relations sociales, penser et vivre le métissage p. 16

Refondre l'organisation culturelle p. 19

recherche-action p 21

Cultures & Education p 22

Une éducation culturelle populaire au pluriel p 24

Propositions p. 28

Critique du rôle de l'Etat dans les politiques culturelles p. 29

Quelles politiques p. 30

La place et le rôle des territoires p.32

Dans une «société à la dérive», penser finalités et communications sociales p. 34

Des structures locales autogérées fondées sur le commun

p 37

un exemple

ouvrir la brèche

Manifeste transculturel p. 42


Nous vivons- un moment de décision, critique,comme le temps qui a vu notre civilisation passer du volumen de parchemins au codex, du roman au gothique, de l'écriture réservée aux clercs à celle qui s'adressait au vulgus grâce à la découverte de l'imprimerie et du caractère mobile, ou encore de la naissance de la parole portée au loin par les ondes radiophoniques, puis par la TV, et maintenant par Internet, lequel tisse désormais les fils de notre vie.

"La crise des significations imaginaires de la société moderne (significations de progrès et/ou de révolution) manifeste une crise de sens qui permet aux éléments conjoncturels de jouer le rôle qu'il faut".

Cornélius Castoriadis (1996).

n ce début de millénaire, nos systèmes de communication et de diffusion culturelle polarisent antagonismes et rapprochements entre sociétés du Nord et du Sud, entre civilisations occidentales et orientales, entre culture de masse et cultures du quotidien, sur fond de prétention à l'Universalité de la culture occidentale. 

Nous observons, sur la longue durée, le glissement des modèles des imaginaires qui nous constituent, depuis les sociétés de la logosphère se pensant dans le retour du même (temps cyclique) à celles de la numérisphère que nous vivons désormais à chaque instantvia celles de la graphosphère fondatrice de progrès, accordant une exacte définition des moments du temps renforcé par la tyrannie des horloges (temps uniforme) des sociétés modernes. Aussi nous ne pouvons qu'aller dans le sens de Mc Luhan écrivant « l'horloge a arraché l'homme au monde que rythmait le retour des saisons aussi complètement que l'alphabet l'avait libéré de la magie résonnante de la parole et de la fosse tribale »[1]. Et voici, écrit-il encore, que « la pluralité des temps succède à l'uniformité du Temps ». Nous vivons donc une mutation considérable d'une socialité fondée sur la concaténation des marginalités (Maffesoli), temps de synthèses et de syncrétisme amplifiée par l'accélération des échanges digitaux.

Incontournable loi des altérations produites par le métissage et produisant du vivant... A chaque étape, expressions multiples, confrontations en font évoluer les formes de façon saisissante, hantées par des sources puisées au creux des révoltes qui les ont secrétées. Il nous semble aujourd'hui maintenant que la « société des réseaux » qui prend corps sous nos yeux peut se lire dans des termes approchants. Tout s'y joue en effet sur le registre :

  • de ce qui est (quand les réseaux numériques véhiculent entre les personnes histoires individuelles personnes représentations souvenir...) ou met en commun des expériences existentielles comme nous le constatons en observant ce qui se partage, par exemple, sur le web, à propos des Chemins de Compostelle[2] ),
  • de ce qui peut être (quand sont sollicitées à travers le globe en un ballet baroque et créatif les ressources iconographiques de l'espace virtuel) et qui donc advient...

Culture : crise de la culture et invention du pluriel.

Cultures écartelées dans l'ordre des représentations, entre attentes ou revendications -si ce n'est replis identitaires, souhait unanime d'accès à « une » culture dont on nous a appris qu'elle était universelle quand les productions culturelles sont inscrites dans des contextes socio-historiques particuliers,

  • quand la possession de « La Culture » est signe de la domination d'une caste de privilégiés,
  • quand « La Culture » officielle dans ses deux versions, académique et médiatique, est d'abord soumise aux lois du marché, ne contribue qu'à l'enrichissement de quelques uns: grandes sociétés ou magnats de l'édition,
  • quand chaque groupe social entretient à son propre environnement et à ses conditionnements sociaux, sa propre culture enracinée ou acquise,
  • quand nous vivons des cultures singulières, qui s'altèrent et se modifient sans cesse sur fond d'accélération des échanges et des affects.
  • quand s'organisent des cultures de résistance contre des diktats visant à l'homogénéisation des pratiques sur fond de mondialisation...

Alors que la civilisation médiévale, celle de la Renaissance, celle de l'Europe des Lumières avaient su, en leur temps, proposer des philosophies régissant l'ensemble des relations culturelles, sociales et politiques, nous vivons un moment singulier, celui de cultures écartelées entre un univers désormais imprévisible, et celui du temps de l'advenue de sociétés désormais transculturelles.

Ceci interroge bien sûr la question des politiques culturelles et singulièrement celles d'un vieux pays, la France, fière de son « exception culturelle » et dont on sait qu'elle n'a jamais cessé de se nourrir de sa pluralité constitutive: civilisations celtique, romaine, judéo chrétienne, germaine, orientale, occitane, italienne, flamande, basque, slave, chrétienne et aussi musulmane, etc. chacune inscrivant divergences et convergences dans le creuset national...

Ce consensus éclate maintenant sous nos yeux du fait d'une triple mutation :

- celle des croyances et de la relation qu'autour de la mare nostrum espace oùnous entretenions depuis deux millénaires des significations imaginaires sociales communes, entre imposition et consommation, entre idéaux sociaux et cultures émergeantes, soumises aux lois de l'échange,

- l'accélération des transferts culturels due aux moyens de communication numériques (la galaxie Internet), lesquels reconfigurent notre relation à l'écrit et à nous même,

- celle de cultures qui, se rencontrant, se métissent, entrent en dialogue dans des emprunts les plus divers mêlant mimétismes et diversité, faisant éclater les cadres de références et appartenances. Sommes-nous européens, méditerranéens, occidentaux, eurasiens? ou, déjà, tous anglo-saxons ?, ou vraiment citoyens du monde? Ainsi, dans ce contexte, sommes nous capables de voir au-delà de nos horizons, du visible ou, plus exactement du donné à voir ?

Face à cette nouvelle donne, l'idéal d'une culture spécifiquement française (nationale/identitaire) phare et guide de l'humanité est aujourd'hui singulièrement battu en brèche. De même, l'Europe pourrait elle être pour nous le lieu d'une nouvelle conscience dans son unité et sa pluralité (unitas multiplex[3]) hors duquel toute politique culturelle fermée, nationaliste ; identitaire serait désormais vouée à l'échec ? S'oppose d'ailleurs à cette dernière position la tradition critique de la Raison quand les intellectuels et les créateurs avaient pour mission essentielle de poser publiquement les problèmes fondamentaux de la cité et de l'éthique, de dire où nous en étions avec nos cultures et « La » Culture ? Quand chez Emmanuel Kant, « le Beau est le symbole du bien moral[4] ».

Notre diversité culturelle, dans l'Hexagone et dans l'Outre Mer, est un véritable creuset où doivent être repensées des politiques culturelles alternatives au phénomène bureaucratique qui s'est emparé de notre pays pour peu que l'on veuille bien sortir d'un regard colonialiste et centralisateur.

Ceci nous conduit à une triple exigence culturelle, à la fois :

Altermondialiste : la planète est désormais notre champ d'exercice culturel commun. De grands festivals réunissent de nos jours une jeunesse du monde venant des cinq continents dans de gigantesques réunions populaires et nous indiquent volontiers la voie quand ils proposent, dans leurs espaces, des modalités d'expression artistiques souvent croisées avec des réflexions écologiques, économiques, sociales et politiques, car ils ont bien compris l'impossibilité d'ériger ces champs de préoccupations en domaines séparés. Depuis Woodstock, Wight et Glastonbury (qui connaîtra cette année sa 44ème édition) jusqu'au Festival de musique pan africain de Brazzaville ou à ceux d'Antananarivo ou d'Alger, ou encore dans les expressions culturelles brésiliennes, lieux de nos utopies les plus actuelles.

Ecologique : les cultures en sont le liant merveilleux si l'on entend par là que la prise de conscience de la relation Homme/Monde/Cosmos est justement un nouveau fait culturel, celui d'une critique radicale et d'une prise en compte de nos équilibres naturels, pour la sauvegarde de la Planète Terre.

Carl'Ecologie est une nouvelle culture, elle nous invite à délimiter, habiter, circonscrire des limites que nous ne pouvons impunément transgresser, un peu à la façon dont les héros fondateurs définissaient les limites de la Cité et celles de la Nature qui l'englobe. Les sociétés qui nous ont précédés distinguaient ainsi l'espace urbain porteur de mœurs « urbaines » de l'ager, lieu de sauvagerie et de bestialité et paradoxalement lieu de ressourcement. Et toutes les grandes civilisations -sauf la nôtre- ont eu à cœur de ménager des lieux de transition où les deux pôles du vivant pouvaient s'apprivoiser mutuellement, des Jardins suspendus de Babylone aux horti médiévaux ou aux cloîtres des abbayes, via les merveilleux palais d'Al Andalous.

La question qu'elle pose est bien celle de la définition de lieux de coïncidence des opposés, de transition pour penser notre relation au monde différemment, entre marges et marchés[5], entre nos corps réifiés, aliénés, fétichisés[6] et les technostructures soumises aux lois du consumérisme qui nous encadrent, tendent à nous conditionner, transformant peu à peu les sujets que nous sommes en objets.

Il s'agit, dans cette perspective, de fonder une démarche tout à la fois «éco-culturelle et éco sociétale» à l'entrecroisement des possibles, dans le dialogue des cultures, car il s'agit bien de réconcilier la culture du sol, de la nature, et celle de l'esprit et nous ne pouvons plus désormais les penser séparément. Ce faisant, nous nous ouvrirons de nouvelles possibilités de vie saine, de jouir de nos présents et de nos environnements, ce dont une politique « utopienne » dans son esprit ne peut que se saisir en impliquant dans un même mouvement : compréhension des grands rythmes naturels, ouverture des esprits et comportements sociaux, et là, la culture est un outil fondamental pour une appréhension renouvelée.

Alternative :dans une réflexion socialement partagée tandis que nous voyons se créer des communautés d'intérêt, des espaces de partage et de questionnement, des coopérations fondées sur le commun[7].

Une pensée planétaire émerge que des politiques aux vues étroites tentent bien d'encadrer, et la pensée néo utopienne fait déjà éclater les cadres traditionnels de nos représentations, renouant avec le vieux projet social internationaliste, revisité au sein de nos nouveaux creusets transculturels, lesquels ont nom pluralité, échanges, émergence des possibles dont justement les formes d'expression artistiques que nous voyions surgir nous indiquent la voie.

Platon pensait confier le gouvernement de la cité aux philosophes, parions pour que nos utopies culturelles concrètes soient aussi inspirées par nos créateurs. C'est sans doute cela une des façons utopiennes de penser le social et les politiques qui doivent en surgir, dont bien évidemment des politiques culturelles inversant le lien qu'elles entretiennent aux pouvoirs.

Concrètement : imaginer !

« L'exercice de l'Imagination est le premier pas qui fait sortir de la prison ».

Colin Wilson.

Comme l'indique l'historien Bronislaw Baczko[8], qui distingue utopies fermées et utopies ouvertes, celles-ci se manifestent aux périodes d'explosion de l'Imaginaire social, et il prenait l'exemple du siècle des Lumières (Aufkalrung) pour montrer que l'histoire ramène celui-ci en surface sur la base de grands cycles qui en favorisent l'émergence. Il les nomme « périodes chaudes » de l'imaginaire, quand les lumières de l'Utopie s'imposent de nouveau sur les scènes sociales. Promouvoir l'Utopie, n'est ce pas l'essence même de la fonction culturelle ? N'est-ce pas le fait de l'époque que nous vivons ?

La culture comme phare de l'humanité, interrogeant ses allant de soi ses routines, ses lâchetés, n'est ce pas là sa véritable mission, sens même de toute appropriation collective de notre liberté? Si nous sentons bien que l'Imaginaire social, celui qui surgit des marges et du chaos, est créateur/producteur de nouvelles significations à partager, de formes «instituantes», nous savons bien aussi qu'il est souvent prétexte à de nouvelles confiscations, si ce n'est de réifications, de la part des marchés sur les places publiques, les halls de la Mode ou les étranges lucarnes de la «Société du spectacle». La Culture est alors véhiculée par les images mimétiques du leurre ou de la reproduction stérile.

En même temps, l'Imaginaire, la culture, les cultures, échappent à ceux qui voudraient bien les circonscrire à leurs intérêts et nous avons le devoir impératif d'imaginer d'autres modes de fonctionnement, « qui, pour citer la brésilienne Nizia Villaça, nous obligent à penser en dehors de nos catégories figées, et à fuir les classifications paralysantes [9]».

Il nous faut, en effet, passer d'une connaissance dictée par l'Institution à une véritable « connaissance ordinaire » des habitudes, des situations codées, des rituels, des sagesses et cultures populaires, du sens commun exprimé dans les groupes, de tout ce qui est organisé par l'expérience collective et dont rendent compte les diverses formes de vécu.

Face à la bureaucratisation rampante du champ culturel associée au démantèlement du service public, il nous faut réfléchir à une politique culturelle qui permette la gratuité, qui retrouve les mécanismes du don et du contre don, incluant la nécessité de revoir la problématique fondamentale des financements culturels et surtout du « qui en décide ». L'utopie n'est pas naïveté.

On comprend dès lors que la question vise moins à repenser un « socle de base », à s'acharner à rejoindre les possesseurs d'un capital symbolique et élitiste déjà très daté, qu'à promouvoir l'ouverture du sens, pour que les jeunes générations aient désormais la plasticité nécessaire leur permettant d'affronter les défis de demain, qui ont noms :

  • poly et trans culturalisme,
  • néo tribalisme,
  • accélération,
  • internationalisation des échanges,
  • développement des réseaux...

Inventer une troisième voie.

Il s'agit donc de parier pour une réelle confrontation/coopération des diverses instances qui contribuent à établir le consensus social. Dépassant les injonctions venant, d'un côté, des marchés tout puissants et, de l'autre, d'états centralisés, il s'agit bien d'inventer une troisième voie fondée sur l'échange la réciprocité du don, et associant collectivités locales, associations, coopératives, mutuelles, et citoyens à la définition et à la mise en œuvre des politiques culturelles alors que le pouvoir central se cherche de plus en plus, des nouveaux lieux pour assujettir les citoyens réduits au rang de consommateurs ou d'agents parfaitement agis par la puissance publique..

C'est sans doute à ce prix que nos concitoyens feront pièce au sentiment de relégation, de stigmatisation dont se font écho toutes les révoltes parfois violentes des ceux qui vivent, par exemple, la banlieue comme véritable « mise au ban » de nos sociétés. Et ce qui est vrai pour la banlieue l'est autant pour les territoires ruraux, désormais déclassés face aux sociétés du spectacle et de la productivité, renvoyées aux clichés les plus grossiers, à une vulgarité qui prolifère.

Construire une société utopienne, c'est sans doute dans une renversement des présupposés non pas vouloir construire un monde idéal sur la base de projections préformées, de modèles a priori - et le 20ème siècle a connu deux utopies hélas bien réelles qui n'ont produit que désolation et barbarie, la nazie et la soviétique- c'est se donner les moyens de la lecture du monde tel qu'il est, c'est combattre le retour des ombres menaçantes, c'est en même temps s'élever contre un néo-libéralisme qui telle une pieuvre étend sur tout projet culturel les tentacules de l'argent roi. Et c'est précisément le rôle éminent de toute politique culturelle d'en être le révélateur et l'effecteur. Aussi l'action politique, dans les systèmes ouverts que nous connaissons et admettent l'aléatoire le transitionnel, l'inachevé, trouvera plus aisément à se transformer, à s'adapter, en partant des citoyens et non pour faire leur bonheur à leur place.

Une telle politique culturelle alternative sera, et c'est heureux, lieu d'ambiguïtés, temps des malentendus, moment de gestion paradoxale des affects et des relations entre générations, entre centre et périphérie, quand nous sommes à la fois citoyens du monde et acteurs locaux. Elle devra s'adapter par essais et erreurs, le chemin se faisant en marchant, aux mutations en cours...

Plus la crise est profonde, plus il nous faut chercher son nœud originel dans le caché, l'occulte. Au cœur des dispositifs de régulations, car la société accouche maintenant de nouvelles significations imaginaires sociales.

Nos sociétés post modernes, sont « extro-déterminées », c'est-à-dire qu'elles sont soumises à des préférences externes : les marchés, le consumérisme, les politiques politiciennes qui leur sont liées et qui faisaient donner le pas à une Ministre de La Culture -dans ses préférences affichées- aux industries numériques sur un prix Nobel de Littérature. Sociétés des loisirs, de la consommation, de l'abondance, leur univers est singulièrement rétréci. Elle se manifeste par l'assomption de nouveaux mécanismes psychologiques de défiance, de méfiance face à l'abondance étalée par ceux qui possèdent et confisquent les biens communs culturels, n'offrent que des loisirs désincarnés comme horizon, pour écouler les excédents des biens cultuels dans la consommation accrue de mots, d'images, de signes avec une accélération induite par l'essor des mass medias de la galaxie Internet.

Et pourtant, cela provoque en revanche, à la base, entre les peuples, chez les dominés, sur les territoires, dans les communautés d'intérêt, une accélération des contacts entre ethnies et cultures. Nos sociétés contemporaines se vivent désormais plurielles et métissées. Développant les relations entre structures sociales et structures instinctuelles, elles sont en interactions constantes avec les groupes qui les manifestent, se modifient, s'altèrent, se conjuguent.

Elles pensent de plus en plus les mondes sociaux et nos modes de socialité non dans des acceptions disciplinaires, mais comme un tissu conjonctif entre les disciplines, non en domaines culturels séparés ce qui est, mais comme trajets reliant aspirations et désirs des individus et intimations des milieux sociaux. Ce que Reich appelait « l'énergie » dans laquelle il voyait, si on parvenait à la délier, la capacité de sauvegarde du potentiel de l'humanité.

Elles sont aussi culture des territoires, désormais reliés entre eux par les médias d'un bout à l'autre du monde, et l'on peut ainsi s'inspirer de festivals qui, depuis déjà plus de vingt ans, ont su se faire rencontrer, par exemple, les groupes de la culture poitevine et ses homologues sud américains, iraniens ou indiens dans le Festival « De Bouche à oreille » qui se définit lui-même ainsi « entre Résistance et Energie ».

Alternatives...

« Il nous faut désormais envisager la culture comme un système faisant communiquer, dialectisant, une expérience existentielle et un savoir constitué». Edgar Morin, 1984.

La mise en perspective des politiques culturelles de l'Etat aujourd'hui s'inscrit, on le voit bien dans une complication effrénée visant à la mise aux normes de chaque intention culturelle, de chaque initiative désormais sommée de se référer à des directives et injonctions en dehors desquelles il n'est point de salut. Elle ne peut donc produire que des effets mortifères, stérilisants, au nom d'un ordre soi-disant républicain (mais oubliant le véritable esprit de la chose publique) et qui ne peut conduire qu'à l'invariance, à la répétition des formes, à tout ce qui peut être mis sous la dépendance de la loi et de ceux qui se vient comme l'incarnation légitime -mais de moins en moins légitimée- de la démocratie.

Par ailleurs, nous indiquent les sociologues Mathieu Bera et Yvon Lamy[10], les pratiques de « marketing culturel », celles du secteur marchand de la Culture développent, sur fond « d'ingénierie », des spécialités qui ne parlent plus de publics mais de « clients », de « flux », non plus de pratiques mais de « comportements », non plus de goûts mais de « consommation » et se constituent autour de cibles vouées à la transparence prédictible de par des appareillages statistiques parfaitement échantillonnés et destinés à imposer des politiques se réclamant de la transparence niant toute complexité, ce qui est justement le propre de notre rapport à la Culture, aux cultures dans leur diversité...

Car nous savons bien, avec Edgar Morin, que dans un univers d'ordre pur, il n'y a ni innovation, ni création, ni évolution, et plus d 'existence vivante et humaine[11].

Imaginer « un autre développement culturel », désignera donc, à l'inverse, tout ce qui consistera à valoriser corps et esprits, dans une démarche d'« écologie culturelle », c'est-à-dire en tenant compte de tous les éléments qui y contribuent (terroirs, environnement, société),

Les modèles ne seront, dés lors, plus recherchés dans un ailleurs moderniste universel, mais dans la socialité quotidienne, dans l'appropriation et la fusion des traditions comme des créations locales. Paradoxalement, dans ce sens, le développement culturel passe par un recours à l'archaïque revisité, devenant ainsi une alternative à la modernité.

Cette position sur le développement culturel a en commun, avec le mouvement de la Contre Culture, de tendre à optimiser une position d'exclusion, de marginalité, au regard de la culture dominante, c'est dans la grande tradition de l'Education populaire, celle des cultures populaires comme sources et matrices/motrices de développement. Elle possède un atout supplémentaire, celui de proposer une critique plus radicale d'une notion de développement non axée que sur le progrès, dont le mythe coexiste à la plupart des projets culturels, dictat du fait positif, la dictature de la sécularisation scientiste et technique (voir l'appel d'offres supra).

Penser un autre développement culturel devient dés lors dans cette optique, non plus s'enchaîner au progrès voulu et conçu par les notaires du savoir - énonçant leurs références culturelles à partir de leur "chaire", de leur idéologie, de leur doctrine, des places fortes boursières, et tendant à tout ramener à un système explicatif mono référentiel (la libido, le marché, etc.) - mais atteindre, derrière la diversité des conduites, le proprement humain, pour promouvoir la multiplicité des cultures sur les terrains les plus divers, dans ces "climats culturels où s'ajustent ombre et lumière, statique et dynamique, pour constituer la musique spécifique qui baigne l'activité et la vie de tout un chacun, inexplicables sans cela.5

Le lieu de la prise en compte de cette complexité est la crise, moment de jugement de décision, de changement, de coupure lorsque l'évolution culturelle, fondée sur le progressisme, aboutit, comme aujourd'hui, à la séparation instituée entre Nature et Culture qui désenchante le monde et désespère les banlieues.

Elle n'est pas sans incidence sur la question éducative elle-même tant les deux sont liées puisque, sans appropriation préalable des codes culturels d'une société, il ne saurait y avoir d'adhésion aux valeurs qui la constituent et qui on nom encore pour un peu de temps, espérons le ! : Liberté, Egalité, Fraternité.

Casser l'axe vertical des relations sociales, penser l'allonomie culturelle pour vivre le métissage.

Dans ce sens, nous ne pourrons longtemps faire l'économie d'une prise en compte des catégories du trajet anthropologique énoncées par Gilbert Durand, lequel voit dans toute pratique symbolique la conjonction jamais achevée, toujours provisoire entre données subjectives et intimations du milieu et l'intervention des acteurs pour accomplir cette mystérieuse alchimie qui consiste à jeter ensemble des données verticales: biographies, recours à l'histoire de vie des sujets et des groupes, à leur imaginaire radical, aux mythes qui viennent les informer , à leurs déterminants personnels ou collectifs inconscients et les soumissions aux contraintes des réalités naturelles, sociales, économiques, organisationnelles qui structurent le champ de toute recherche.

C'est singulièrement le cas des publics que nous rencontrons depuis maintenant 40 années dont la connaissance ne saurait se fonder sur des modèles a priori. Pourtant, les discours officiels entendus le plus souvent tentent parfois de leur donner l'illusion de la toute puissance que leur conférerait la possession, d'ailleurs bien illusoire, de savoirs préformés.

Les acteurs culturels de terrain savent bien, et le découvrent dès leur confrontation à leurs publics, qu'ils ne peuvent avoir affaire, tant les situations et les publics eux-mêmes sont changeants, qu'aux dis simultanéités, aux incertitudes, à l'incomplétude et sauf à assumer ce que Castoriadis nommait l'irresponsabilité meurtrière, rejetant du même coup toute possibilité de compréhension des situations rencontrées. Les projets culturels ne se conduisent pas comme une machinerie programmable, ils sont pluriels, mouvants, admettent le doute, l'incertitude, la surprise de la rencontre, car ils sont justement vivants. Ils doivent être Co construits du diagnostic à leur accomplissement.

On sait, depuis près de cinquante ans, que la recherche scientifique de pointe, du moins celle qui fait comme telle référence, celle des sciences dures, renvoie le scientifique au mystère de connaître et il faut la myopie de certains praticiens des sciences humaines encore alignés sur les modèles les plus éculés pour penser encore que l'homme pourrait sortir de cette contingence propre à toute quête de sens. C'est pourtant dans ce déni que se fondent aujourd'hui nombre de politiques culturelles engluées dans des modèles pré construits, ceux que l'Etat inconscient impose subrepticement, là où il faudrait des « auteurs » au sens propre, ce qui suppose une compréhension dialectique des réalités sur lesquelles ils travaillent.

Ceci nous entraîne à faire un sort désormais scellé à des points de vue qui tenteraient encore de traiter le monde culturel comme un ensemble de choses, faisant des médiateurs les plus divers des mécaniciens du réel alors que l'on doit plutôt tendre à y promouvoir des veilleurs, des éveilleurs, des accoucheurs de sens, des révélateurs d'imaginaires, dans un déchiffrage et un décryptage de la réalité qui est certes leur affaire mais également celle de leurs partenaires, qui ne peut se penser que dans l'interaction vécue c'est à quoi ils ne sont la plupart du temps guère préparés.

La question toujours sous jacente de l'objectivité dans l'approche des choses culturelles est là derrière, bien présente, et l'on s'accordera pour penser que le fait d'en remettre en cause l'intimation terroriste ne détruit nullement le caractère universel de toute démarche culturelle. Car, d'une part, aucune théorie donnée ne peut atteindre à la complétude et, de l'autre, nous savons qu'il n'y a pas de conscience sans histoire ni d'histoire sans corps, car l'expérience culturelle est irréductible et bien réelle. La réalité en ce sens est aussi l'imaginaire, "la conscience naissant par sauts quantiques".

Jacques Ardoino (1977) a montré que l'un de ces courants les plus travaillés depuis les années soixante, celui de l'autogestion pédagogique, a été introduit dans la vie sociale sur la base de traditions intellectuelles fortement implantées dans le consensus social (de l'Abbaye de Thélème de Rabelais aux utopies du Nouvel Age via Charles Fourier et les phalanstères au 19ème siècle). Tous ces courants mettent l'accent sur les attitudes de l'acteur en situation, sur ses implications libidinales, professionnelles et/ou politiques comme sur son implication, confronté en cela à plusieurs modèles possibles. Ce qui est vrai dans le domaine social ou de la formation des hommes l'est singulièrement dans celui de l'action et de l'animation culturelles, les trois pôles n'étant que des facettes complémentaires de toute politique culturelle et donc éducative...

Sur un plan plus général, cette position tend à dénoncer la supériorité de ceux qui savent sur ceux qui sont supposés ne rien savoir.

La méthode autogestionnaire est de ce fait pertinente pour établir le contact entre le savant et le non savant, entre le profane et l'initié aux codes et arcanes de la culture entre le comédien du Français et le rappeur de Seine Saint Denis, ce qui suppose une grande capacité culturelle d'ouverture de part et d'autre. Cela suppose une définition de la culture non pas en terme de capital accumulé, ou de bien à commercialiser que l'on a ou que l'on n'a pas mais comme une réalité socio culturelle interactive, un acte, car, à l'encontre d'une vision nourricière de l'acte culturel, la culture n'est pas une chose achevée, finie, une nourriture, un objet ou un ensemble de biens, et il y a autant de manières d'aborder la réalité que d'individus.

Refondre l'organisation culturelle.

A l'encontre de systèmes parfaitement clos gérés par des bureaucraties culturelles adonnées à la reproduction du même et qui tendent à nous faire prendre littéralement des vessies pour des lanternes, il s'agit bien de redonner la parole aux peuples, à leurs revendications, aux paroles étouffées, censurées, écrasées. Car il ne s'agit pas tant d'avoir des biens culturels, de permettre un « accès » à ce que les autres -les possédants, les nantis- sont supposés avoir, et qu'ils sont d'ailleurs peu enclins à partager, puisque la maîtrise de ce capital culturel les instaure et conforte en tant que dominants, mais de développer des modalités d'être, de création, ce qui est autrement exigeant et mobilisateur.

Servir une telle finalité suppose, pour l'atteindre, une refonte d'abord de nos systèmes de représentations sur ce qu'est La Culture en la déposant de son piédestal. Il s'agit de permettre la reconnaissance puis la fédération d'énergies innombrables pourvu que l'on veuille bien les considérer pour ce qu'elles sont réellement, là où elles sont vécues. Ainsi, une autre politique de la Culture s'impose, pas seulement déconcentrée ou décentralisée, mais échappant à la toute puissance des marchés et à celle d'un Etat centralisateur qui sache donner leur chance et des moyens à des structures plurielles, ouvertes, et donc utopiennes ! Elle ne peut que se réapproprier les pouvoirs culturels au niveau local dans la négociation constante entre acteurs, usagers, pouvoirs publics et collectivités. Le « Vivre en société » de nos jours ne signifie pas que le conflit soit absent, doit en être évacué, elle est faite d'une pluralité d'attitudes et d'idées mêlant le sujet à un collectif. Il se vit toujours en actes car soumis à l'aléa. Il s'agit bien en effet pour les partenaires de la culture de passer de la position d'agent, nécessairement agi, à elle d'acteurs puis d'auteurs car il appartient bien au politique de permettre à chacun de devenir son propre auteur.

Alors que la « culture cultivée », celle des élites ou soit disant telles, ne songe qu'à valoriser ses produits dans une course effrénée entre financiers et producteurs culturels, la culture de masse à occuper le marché, les bureaucraties étatiques à asseoir leur pouvoir dirigiste, les cultures populaires expriment contradictoires et désirs, éclatent dans le temps, sont révélatrices des diversités que justement les nouveaux médias rendent accessibles à chacun. Système complexe de signes, la Culture représente en effet une totalité à la fois régulatrice et libératrice, une organisation en équilibre, et l'on peut penser que son attrait provient justement du fait qu'elle nous aide à assumer une tension entre le nouveau et l'ancien.

C'est à une telle synthèse, laquelle ne sera pas unification, ne visera pas à la confusion des termes, mais saura être mise en cohérence en sauvegardant les distinctions, et les oppositions légitimes, que pourrait viser une politique culturelle ancrée sur la conscience et l'expression citoyennes, le développement culturel local, sur la reconnaissance et la maîtrise des temps et d'espaces culturels pluriels et non aliénés.

Nous militons dans ce domaine comme dans d'autres[12] pour une démocratie réelle instaurant des méthodes participatives pour l'animation et la gestion des biens culturels communs, à l'encore de leurs usages et mésusages voire des abus observés[13] tant dans la sphère publique que dans la sphère marchande souvent complices.

Recherche action.

La Recherche-Action est, dans le domaine culturel comme dans d'autres, un processus participatif et collaboratif de réflexion sur soi et sur ses champs d'activité, elle influe inévitablement sur les conditions de la pratique. Le praticien-en recherche y apprend à partir de son expérience, il y intègre les dimensions psycho affectives de son existence, son désir, dans la construction partagée de savoirs communs, de données communes aux différentes cultures. Il s'agit bien de ruse sociale, pour parvenir à cette « Conquête du présent » dans le but d'assurer la cohésion sociétale, laquelle est faite d'actes, de pratiques, de représentations, qui sont partagées et vécues collectivement (Maffesoli, 1979), ou encore d'une anthropo logique. Elle passe par une posture méthodologique, une confrontation armée entre les postures de l'implication et les données de la complexité des terrains et territoires de la Culture. Ancrée résolument dans un processus "aux frontières", cette dynamique y revêt les formes d'une recherche-action liée à l'existence, à la fois productrice de connaissances culturelles et transformation de la réalité socioculturelle des acteurs engagés.

Au delà des postures "totalitaires" induites par les fonctionnements centralisés de l'Institution, nous professons que ce n'est pas parce que la pensée n'a pas fini de comprendre, ce qui est souvent le cas dans les pratiques culturelles, qu'elle n'atteint pas une réalité, elle-même toujours relative. Relativisme dont nous ne pouvons que nous féliciter. Car n'est-ce pas dans l'extraordinaire plasticité des formes sociétales que réside l'espoir de leur permanence justement culturelle ?

Cultures et Education.

Poser cette question, c'est donc, de manière prioritaire, repenser la relation Culture/Education que notre époque vit de plus en plus difficilement.

Alors que dans des systèmes culturels aux significations communes partagées, (la société médiévale, la République à ses débuts, etc.), la mission de l'Education apparaissait clairement : préparer les jeunes générations à la vie adulte et à prendre la place de leurs aînés dans la longue chaîne des transmissions patrimoniales, professionnelles, des rôles et fonctions sur lesquelles reposait le lien social, il semble que désormais rien n'aille plus car « Sapience n'entre point en âme malivole et Science sans conscience n'est que ruine de l'âme », écrivait Rabelais. Des « âmes malivoles, il n'en manque guère aujourd'hui, qui n'ont pour tout horizon que profit, avidité, domination.

Cela tient, de notre point de vue, aux distorsions que nous constatons tous entre la ou les culture(s) de notre époque et l'Education.

Pour la société de l'époque, la fameuse lettre de Jules Ferry aux instituteurs (17 novembre 1883) définissait un cadre culturel sans ambiguïté : « il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l'influence ne peut manquer en quelque sorte d'élever autour d'elle le niveau des mœurs. Ce rôle est assez beau pour que vous n'éprouviez nul besoin de l'agrandir. D'autres se chargeront plus tard d'achever l'œuvre que vous ébauchez dans l'enfant et d'ajouter à l'enseignement primaire de la morale un complément de culture philosophique ou religieuse. Pour vous, bornez-vous à l'office que la société vous assigne et qui a aussi sa noblesse : poser dans l'âme des enfants les premiers et solides fondements de la simple moralité. » On sent la volonté de centralité et d'homogénéisation culturelle dont l'Education sera un moyen au service de l'intérêt public, incarné par la Nation.

La logique était rigoureuse, elle a fourni à notre pays les capacités d'affronter la deuxième révolution industrielle et d'accéder au rang d'économie moderne, quitte, d'ailleurs, à en sacrifier la diversité (les langues et cultures régionales) au profit de l'unité.

Il en va bien entendu tout autrement, en ce début de 21ème siècle, et les sociologues de l'Education ne manquent pas, depuis cinquante ans, les uns de dénoncer les abandons du système scolaire, les autres de nous montrer que, par exemple, les enfants des classes supérieures trouvent à l'école, dans l'usage d'un langage élaboré, des prolongements des manières d'être, inculquées par les familles rompues aux catégories linguistiques et grammaticales. D'autres encore y voient des raisons de désespérer alors que tout un chacun semble considérer comme allant de soi que le système éducatif agit encore comme, à la fin du 19ème siècle, dans une société homogène et se référant aux mêmes normes culturelles faisant consensus.

Une éducation culturelle populaire au pluriel.

Pourtant, les plus lucides perçoivent une société marquée par la variabilité et la pluralité de systèmes d'organisation sociale que l'on a peine à unifier. Tout se passe comme si, alors que le social a évolué dans la voie de l'éclatement du corps social - désormais constitué de néo tribus- « peut-être parce que l'on ne nomme que ce qui n'existe plus »(Maffesoli), la présence de l'Etat ne cesse de se réaffirmer aux marges, s'impose souvent au prix de l'exercice d'une véritable violence pas seulement symbolique, est devenu l'ordonnateur absolu de l'être ensemble. On a vu ainsi un ancien ministre de l'Intérieur, dans un double mouvement, se précipiter dans les quartiers sensibles de la banlieue et en stigmatiser les habitants. René Lourau a bien décrit (1978) le fait qu'au moment où la forme étatique passe à l'échelle mondiale, on découvre que l'inconscient, en dernière analyse, c'est l'État, que nos idées, nos sentiments, nos émotions sont commandés par lui, que ses désirs sont des ordres, les nôtres ne sont que des réponses obséquieuses à ce qu'il permet, tolère, impose ou interdit. Désormais, l'Etat donne forme à nos représentations du monde, plus ou moins rationnelles, s'installe dans notre imaginaire comme étant la forme majeure de l'inconscient social surtout quand il s'incarne dans ce que l'on nomme la « Monarchie républicaine ». Entre les contre courants qu'il nie, il vise à la disparition des marges sociales. Enseignants et agents culturels sont tous traversés par l'Etat, par les implications de cette forme sociale hégémonique et universelle. Il est cependant permis de penser aujourd'hui que cette super institution n'est peut-être pas si invulnérable qu'on l'a longtemps cru, et ce, pour des raisons évidemment culturelles.

Ainsi, la relégation imposée par la logique centralisatrice de l'Etat, qui vide les centres de l'humain pour le reporter sans cesse en périphérie, peut être interrogée quand les territoires produisent dans des espaces imaginaires vécus comme tels, les significations imaginaires sociales de notre époque. Par ailleurs, l'observation des créations, dues aux cultures urbaines, nous en apprend beaucoup sur ce qui est mis en œuvre alors que les cultures mercantiles et industrielles nous éloignent de plus en plus de toute création vive, dans l'ordre d'une représentation consumériste préfabriquée, quand tout ce qui était vécu réellement s'éloigne inexorablement sur les scènes de la « Société du spectacle ».

Alors qu'entre marges et marché, les espaces sociaux des cultures périphériques et de la consommation procèdent d'imaginaires marqués au coin de la marginalité, s'y exercent maintenant diverses formes de rapports à la temporalité, quand se manifestent des solidarités actives entre consommation et résistances, entre stabilités et mobilités sociales. Il nous faut désormais, et singulièrement dans le domaine culturel «penser ensemble un monde plus responsable, respectueux de l'environnement naturel, humain, barrant la route à la barbarie, à l'avidité, privilégiant la croissance personnelle à la matérielle [...] nous employer à déconstruire l'idéologie productiviste dominante et ses trois principaux dogmes : la croissance comme solution miracle à nos maux économiques, la consommation comme seul critère d'épanouissement personnel et la centralité de la valeur travail comme seule organisation de la vie sociale » (Mouvement international Utopia).

Briser la centralité bureaucratique dans le domaine culturel comme dans d'autres (et l'on voit bien que le social, l'éducatif, les politiques de la jeunesse et culturelles font le système et ne sauraient être dissociés), c'est dés lors travailler, non plus au niveau des décentralisations de l'Etat, mais à celui des territoires réels, dans des espaces vécus, comme ils sont et non tels que l'Institution voudrait qu'ils soient, au sein des collectifs de terrain.

Ainsi, la question de la Ville et des réseaux est au cœur de cette problématique comme l'a bien vu Nizia Villaça : « l'informatique et les télécommunications, écrit-elle, jouent un rôle important dans les transformations urbaines, elles accélèrent les rythmes, ouvrent de nouvelles possibilités de dynamisation des forces productives et créent des moyens rapides, amples et instantanés de production et de reproduction matérielle et culturelle. C'est dans ce réseau complexe que s'inscrivent nos questions sur la culture et la politique périphérique, pour chercher à saisir les sens de l'hybridation dans la société contemporaine, alors que la ville partagée ouvre la voie à d'autres négociations et d'autres utilisations des stratégies de visibilité »[14].

Dans ce sens, le premier mouvement du politique, s'il veut être simplement utile, doit consister à se mettre à l'écoute des acteurs locaux, à repérer, pour les accompagner, les stratégies et les solidarités à l'œuvre localement dans les communautés culturelles de vie (et c'est sans doute la meilleure manière de barrer la route aux intégrismes), soit de prendre en compte la puissance sociétale, la multiplicité des appartenances comme données culturelles ambiantes incontournables, sauf à se condamner à l'impuissance. On comprendra que les données culturelles ainsi définies, dans leur diversité, requièrent des méthodes d'approche - et donc de formation - qui permettent de saisir les dynamiques sociales et spatiales et d'en conjuguer, sans les exclure, les diverses dimensions. Autrement dit, il est question de briser les logiques centralisatrices, d'ouvrir les yeux sur les communautés de vie (ou de devenir) et leurs cultures, pour résister à l'émiettement communautariste. Et, comme l'a écrit Jacques Langlois, « ce sont les personnes les familles, des collectifs, des associations qui pratiqueront cette démocratie de proximité[15] » dans les gestions des biens culturels communs, matériels et immatériels, dans la réappropriation des outils et structures culturelles dont les marchands et les politiques jacobines nous ont spoliés.

Penser une alternative éducative et culturelle plurielle c'est donc aider les jeunes générations -pour ne pas en être dupes et se préparer lucidement à la vie sociale- à se situer dans ce que Edgar Morin nomme « la Triade de l'Utopie concrète », micro univers sur lequel se concentrent désormais les énergies pratiques de la culture de masse sur fond de village mondial et de galaxie Internet. Cela nous paraît au moins aussi important que les sempiternels aménagements d'horaires et de programmes auxquels se livrent tous nos Ministres de l'Education depuis 40 ans !

Cela passe par des politiques enracinées dans les réalités plurielles, donnant aux représentants (les plus divers) du système culturel, leur place dans des instances de décisions et de co production qui restent à imaginer, par exemple dans des offices multipartites associant peut-être des services de l'Etat (passés de la position décisionnaire à celle du conseil) mais surtout et d'abord les collectivités territoriales, les associations, dont celles d'usagers et les représentants du monde éducatif, les enseignants, parents, élèves, les acteurs culturels, les artistes regroupés en coopératives de production , etc.

Libérée, l'action culturelle, loin du monolithisme mercantile auquel les politiques néo libérales nous conduisent, reposerait alors sur des financements croisés, entre les instances publiques et l'initiative privée, et surtout permettrait de développer une économie culturelle non marchande, via- notamment des entreprises sociales et solidaires, pour que les acteurs culturels soient maîtres et gestionnaires de leurs choix, au service du plus grand nombre de nos concitoyens ainsi associés.

De fait, l'utopie culturelle est toujours processus de civilisation quand elle s'oppose à la barbarie. Elle est affaire humaine, éducative au sens fort, educere (conduire hors de). Encore faudrait il accepter que la société n'ait pas d'achèvement, bien que la clôture totalitaire prétende y parvenir (utopies fermées), en élargissant l'espace dont la logique techno-gestionnaire n'est pas la souveraine exclusive, territoire que l'homme, par ses attentes et ses rêves, ses exigences de valeur, sa relation sensuelle au monde, désigne encore, -mais pour combien de temps ?- comme son vrai lieu.

Propositions.

Nous émettons ci-dessous un faisceau de propositions pour un processus de changement distribué en trois groupes :

  • la place et le rôle de l'Etat dans les politiques culturelles,
  • la place et le rôle des territoires,
  • les structures locales autogérées.

Critique du rôle de l'Etat dans les politiques culturelles,

Regardons ce que le site officiel du Ministère proclame en 2017 en définissant son rôle :

« Le Ministère de la culture et de la communication a pour mission de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres culturelles mondiales et celles de la France.

A ce titre, il conduit la politique de sauvegarde, de protection et de mise en valeur du patrimoine culturel dans toutes ses composantes, il favorise la création des œuvres de l'art et de l'esprit et le développement des pratiques et de l'éducation artistique et culturelle sur l'ensemble du territoire.

Le Ministère de la culture et de la communication veille au développement des industries créatives et culturelles. Il contribue au développement des nouvelles technologies de diffusion et de valorisation du patrimoine culturel matériel et immatériel.

Les données publiques en matière de culture et de communication sont accessibles sur une plateforme dédiée

https://data.culturecommunication.gouv.fr synchronisée avec la plateforme www.data.gouv.fr.

Cette initiative s'inscrit dans le cadre de l'engagement du Ministère de la culture et de la communication en faveur de l'ouverture et du partage des données publiques, ainsi que dans le développement d'une économie numérique culturelle. »

Parallèlement la biographie de la Ministre actuelle (l'énarque et bureaucrate A.A. 2017) insiste à deux reprises sur son implication dans des structures juridiques et financières, gage de sérieux sans doute au regard de l'esprit dominant celui des affaires... [16]!

L'analyse de contenu de ces affichages officiels nous permet d'envisager une double critique.

  • D'abord le caractère vertical de la politique de l'Etat socialiste est évident : La Culture doit être « accessible », c'est-à-dire qu'elle est détenue par les services de l'Etat qui en octroient l'accès au plus grand nombre, notons en passant que le Ministère ne parle pas du peuple français, des citoyens, ni même de la population mais du « plus grand nombre », les citoyens que nous sommes étant réduits à un comptage administratif.
  • Ensuite le parti pris mécanique de la politique est évident et le site d'insister, ce sont les « industries » qui sont mise en avant, la politique culturelle préconisée n'étant pas l'affaire d'homes et de femmes ni de collectifs citoyens ou artistiques mais de l'Industrie ici posée comme modèle ce qui est renforcé par le renvoi vers les big datas et une industrie numérique triomphante la politique culturelle de la France « partage » désormais des « données » publiques et non des expériences artistiques ou des bien communs.

Industrie comme modèle, culture du nombre comme méthode, finances comme objectif, voilà résumés les fondements de notre politique culturelle nationale: comment a-t-on pu en arriver là ? La réponse saute aux yeux parce que nous n'avons plus de « significations imaginaires sociales partagées » et que la culture néolibérale a aussi envahi un secteur lequel devrait au contraire exercer un esprit critique permanent.

Quelles politiques ?

Alors, en face de cela, que proposer comme politiques publiques ?

  • la gestion et l'animation collective des biens culturels (installations, monuments nationaux, musées, théâtres, bibliothèques, cinémas, etc.), dans une dynamique de proximité associant toutes les parties prenantes sur un territoire donné (acteurs, usagers, collectivités publics) et non des technocrates avérés, constitués en collectifs coopératifs et appuyés par les collectivités d'élus territoriaux,
  • le retour à l'humain avec une priorité accordée aux créations sur le terrain (théâtrales, plastiques, musicales etc.) sans discrimination culturelle auto-organisées en coopératives ou associations,
  • la mise en place sur la base de ces initiatives, -par redéploiement des financements publics-, en utilisant les du www non comme outils du nivellement autoritaire et vertical mais comme lieux du partage permanent de la circulation des initiatives, des idées, des productions, et comme outil convivial de formation.
  • La formation des acteurs, animateurs et artistes sur la base d'universités populaires autogérées, les anciens services de l'Etat n'étant plus sollicités que comme laboratoires et instruments scientifiques de certification et d'évaluation, ce qui implique un reconversion du plus grand nombre de ses agents sur une base de compétences vraiment culturelles et non technocratiques et la disparition des DRAC et de nombre des officines publiques qui prolifèrent dans notre pays. Soit les services de l'Etat appuyés par l'Université comme ressources à disposition des acteurs de terrain et non comme garde chiourmes d'une politique culturelle centralisée, autoritaire, et liée aux puissances d'argent.

Enjeux et rôle des territoires.

La question politique, c'est celle de l'initiative des habitants, leur intégration, l'insertion, le développement, leur relation étroite avec les (s) territoires, leurs capacité à décider de ce qui les concerne réellement, de ce birn qui leur st commun et qu'on nomme culture.

Non seulement les territoires "prescrits" par l'institution qui découpe à la diable comme on le voit ou en fonction d'intérêts qui échappent bien aux dits territoires : nouvelles structures réglementaires de l'intercommunalité, des Pays et des Agglomérations, des Conseils de développement, Conseils de quartiers ... imposés, mais surtout les territoires "vécus", ceux quiles aspirations des personnes, des groupes sociaux en recherche active... avec leurs cultures propres et « penser transculturel » c'est aussi comprendre que sur un même territoires les représentations culturelles sont pour le moins loin, d'être partagées ; la crise des migrants et la question de leur accueil nous l'a rappelé en focalisant sur des conduites populaires que l'on s'évertuait à opposer.

Comment donc d'abord l'expression de la demande sociale avant d'être l'exécutif de la commande publique, exiger une attention aux mutations de société en cours, aux nouveaux modes d'expression et d'organisation des habitants, des générations ?

L'enjeu semble de proposer aux habitants des territoires concernés un mieux vivre ensemble, quelle que soit leur situation sociale, qu'ils soient parents de jeunes enfants, personnes âgées, bénéficiaires du R.M.I., personnes handicapées, demandeurs d'emploi, etc.?. Soit de passer d'une action sociale curative toujours susceptible de céder aux facilités du clientélisme à une logique de développement et de valorisation des actions préventives et collectives autogérées.

La question du développement territorial, relativement récente en sciences sociales (en fait le terme sous-développement est apparu à l'issue de la seconde guerre mondiale) avait surtout pour but d'interpréter les changements qui affectent les sociétés nouvellement promues à l'autonomie, il faut bien dire que cette réflexion s'est surtout construite à partir d'une expérience limitée, celle des pays occidentaux, et d'un type de société: la société industrielle. A ce propos Paul Thibaud, commentant Pascal Bruckner dans Le Tiers Mondisme en question (Ed O Orban 86 p.88) oppose l'idéologie du devoir communautaire à celle du paternalisme colonialiste et estime qu'il "n'y a pas de développement sans violence ni sans rupture de l'homogénéité communautaire, que l'agir divise les peuples". On le voit bien le « choc des cultures » n'est pas là où on veut bien d'ordinaire le mettre. Les territoires vivent bien un conflit des modèles face aux impératifs de la technostructure. Et la question est d'identifier leurs capacités de résistance ?

Ainsi, il s'agit de politiques sociales et culturelles proches des besoins de la population plutôt cantonnées dans l'observation des pratiques en cours et qui ont fait long feu. On trouve là toute la tension qui existe sur le terrain entre deux « cultures » du développement:

  • endogènes qui situent le développement local au cœur des enjeux de la complexité sociale, qui pense les citoyens que nous sommes en tant qu'acteurs, cultures liées à la géographie émanant des territoires quand ceux-ci sont pris dans leurs réalités intrinsèques, dans leur identité, en reconnaissant les traits singuliers des communautés aux réalités vécues. Là les citoyens doivent mobiliser leur intelligence, leur capacité à comprendre (prendre avec) à accompagner ce qui émerge. Leur posture se fonde alors sur des capacités à « être » en situation.
  • exogènes où il s'agit de se conformer à des normes, de mettre en œuvre des pratiques à opérationnaliser, culture verticale des institutions, celle qui ne résout plus rien et s'adresse à des « sujets » gérés par des agents d'exécution. Culture bureaucratique ou sectorielle alignée sur les modèles de la technostructure, soumise aux impératifs de l'institué, de la verticalité, et du marché toujours présent, par exemple dans la procédure des appels d'offres. Là les logiques sont dictées de l'extérieur.

Pour le dire autrement en termes culturels ces deux visions procèdent pour Edgar Morin :

  • soit d'une pensée pauvre concevant la société comme un ensemble conçu harmonieusement au sein duquel les parties se mettent à l'ordre harmonieusement pour servir les finalités du tout-puissant, c'est l'optique de la réparation sociale,
  • soit d'une pensée riche mettant plus l'accent sur les complémentarités, les antagonismes qui font vivre la société, c'est l'optique du développement conflictuel, toujours en inachèvement.

Dans une « société à la dérive », penser finalités et communications sociales.

La solution nous semble passer par celle des finalités clairement assumées et reconnues, les modèles acculturant (technostructure, mécanisme etc.) ne sont plus des modèles car ils ne sont plus posés en tant que finalités. Pour Cornélius. Castoriadis « le projet politique de transformation sociale a pour contenu essentiel l'autogouvernement effectif de la société, articulé dans et par l'autogouvernement des groupes qui la composent - groupes de producteurs, groupes locaux etc.» En effet, par exemple, la faillite du marxisme ne prouve pas le bien-fondé du libéralisme. Si les sociétés libérales comportent une forte composante démocratique, c'est le résultat des luttes et d'une histoire de plusieurs siècles, une de leurs institutions, le "citoyen", est bien une création historique d'un type d'individu inconnu ailleurs, qui peut mettre en cause la représentation du monde instituée, contester l'autorité, penser que la loi est injuste et agir pour la changer.

Cela n'est pas exportable et ne peut apparaitre dans une culture autre dont les présupposés anthropologiques sont différents. Le mouvement démocratique est une création historique. Pour nous toutes les cultures ont les mêmes droits, mais nous sommes la seule culture à l'affirmer, d'où l'expression d'une difficulté sensible dans les processus de développement: que dire des cultures qui comportent des aspects monstrueux ? Quand on a reconnu la multiplicité des modes d'expression culturelles qui pèsent sur les processus de développement, comment retrouver ce qui fait le propre de la nature humaine, son universalité?

La culture locale dans ses dimensions sociales et culturelles (poids de la religion, de la coutume, des liens de sociabilité particuliers...) est à intégrer face au clientélisme, aux nouvelles féodalités, aux rapports de force observables.

Aujourd'hui, les inégalités culturelles, sociales et géographiques se creusent au sein même de nos sociétés occidentales, Georges Balandier a pu poser les conditions de l'efficacité scientifique de la sociologie du développement:

a) recherche des structures propres aux sociétés étudiées, (sociétés traditionnelles soumises à l'altération),

b) repérage des dynamismes, des forces qui opèrent de l'intérieur et peuvent les transformer.

c) mise en évidence des processus de modification des agencements sociaux et culturels à l'œuvre,

d) détermination des relations externes qui affectent leur devenir et leur dépendance.

Ceci se démarque très nettement d'une perspective économiciste du développement plus attachée à interpréter le développement en fonction de notions quantitatives (structures de la population active, de la production, phénomènes de concentration, de consommation etc.). Au sein des déterminismes, des contraintes internes, des stabilités, la crise est signe de la progression des incertitudes quand le système social entre dans une phase aléatoire, entre déstructuration et restructuration. Plus elle est profonde, plus il faudra chercher son nœud originel, dans quelque chose de caché, d'occulte, de culturel. Elle accouchera alors d'un nouveau projet de développement à la confluence des cultures en présence.

Un grand nombre d'expériences récentes en matière de développement local s'appuient volontiers sur les relations sociales, les productions matérielles ou intellectuelles des communautés qui prennent leur sens dans la gestion citoyenne des communs.

Ceci se voit d'abord du fait de leur qualité intrinsèque et aussi parce qu'elles sont insérées dans un tissu vivant, sont en rapport avec des savoirs groupaux ou sociaux et signifient, au sens premier de ce terme, le rapport dialectique entretenu par les populations qui les ont secrétées avec toutes les possibilités de refoulement conscient ou inconscient, qui les accompagnent nécessairement, lorsque les modes, les interdits sociaux et culturels, le jeu des nécessités, les contraintes du milieu, viennent y interagir. On se référera, pour ce type de traitement aux analyses de Cornélius Castoriadis posant l'Imaginaire social comme instituant, matrice de significations imaginaires sociales.

Des structures locales autogérées fondées sur le commun.

Aujourd'hui, un constat s'impose : le désengagement et l'alignement de l'Etat sur les marchés. En découle, la nécessité de renforcer et aménager les rapports de force dans le champ culturel en redistribuant totalement les cartes.

S'il appartient à la République de penser la gestion patrimoniale, les grands chantiers, les missions réglementaires touchant aux espaces publics, cela ne peut se faire désormais qu'appuyés en cogestion avec des collectifs citoyens puisque monuments, musées, bibliothèques, toutes les grandes institutions culturelles etc. sont en fait de « notre commun », du patrimoine de la chose publique, car elles ne sont arrivés jusqu'à nous que du fait d'homme obscurs qui s'appelaient milliers. Elles sont bien de notre « patrimoine ».

Ils ne sauraient donc désormais être le fait de quelques missi dominici ou fonctionnaires surtout zélés à se mettre à l'abri et à exploiter le système comme des scandales récents en rendent compte. A ces coopératives, en lien avec l'université, les collectivités locales et régionales, incomberont désormais le pilotage, la réalisation et la gestion de l'ensemble de la gestion et de l'action, de l'animation culturelles, des initiatives de la création artistique. Ce qui supposera bien entendu des transferts de fonds de l'Etat aux collectivités comme la suppression des bureaucraties nationales existantes.

Nous proposons donc de repenser les politiques culturelles au plus près des citoyens, tant dans les diagnostics que dans les mises en œuvre sur le terrain. Disposant des moyens structurels et financiers sur la longue durée, ces collectifs pourront faire appel à d'autres partenaires en interaction avec eux.

De fait les politiques actuelles qui consistent à infantiliser compagnies et associations en les soumettant à l'injonction de dépôt de projets « ponctuels » et révisables à souhait -sur des bases désormais incompréhensibles par les acteurs- sont en décalage total avec des actions qui ne peuvent, pour être efficace, s'enraciner que dans la longue durée, celle de tout projet culturel désormais négocié en toute concertation et dans le dialogue constant entre partenaires conscients. Ceci suppose une totale révision des compétences (par exemple, la nécessité d'Ecoles d'Arts polyvalentes en autogestion, dans l'objectif d'un accès au plus grand nombre) dans une perspective de réelle diversité des approches, une décentralisation réelle. A l'encontre des « programmes » verticaux existant, des offices adaptés et constitués démocratiquement (à l'exemple de l'O.F.Q.J[17]), proches des préoccupations des jeunes générations, encourageront les formations et les échanges culturels entre groupes, entre créateurs, permettant de développer des projets communs multinationaux, en utilisant notamment les réseaux sociaux, plutôt que de s'en remettre aux arbitraires des technocrates ministériels et européens, comme c'est le cas aujourd'hui. Là encore, il est question de remettre l'imagination au pouvoir, à partir des œuvres vives et de la création locale et régionale.

Un exemple de commun.

Face à la bureaucratisation rampante du champ culturel associée au démantèlement du service public et à la marchandisation généralisée, une autre société auto gérée de droits et d'obligations réciproques est possible et s'accomplissant au sein de structures fédérées.

Il faut donc réfléchir à des politiques culturelles qui permettent la négociation, la co-construction des projets, une gratuité qui retrouve les mécanismes du don et du contre don, incluant la nécessité de revoir la problématique fondamentale des financements culturels.

Nous avons, de 1978 à 1992, expérimenté et animé une telle organisation. Elle se nommait « Université rurale Normandie-Maine-Perche » et comptait plus de 70 projets culturels en milieu rural interconnectés.

L'idée en était simple, elle reposait sur un cryptique

1. un projet,

2. un intervenant qualifié (chercheur, artiste, artisan, technicien),

3. une association

Chaque année, un forum réunissait concepteurs de projets, associations du milieu rural, personnes ressources mettant leurs talents ou compétences à disposition du plus grand nombre et opérant leur reconnaissance réciproque dans des tables rondes et lieux de présentation.

Ce furent en 14 ans quelques 500 projets qui se mirent en route avec certes Quelques échecs bien sûr, mais un grand nombre de réussites encore marquées sur le terrain, l'enthousiasme, les pressions exercées sur els collectivités locales devaient aussi amener des crédits et des aides techniques à l'accomplissement des projets décidés collectivement. L'UR fut même, -en ces années-, inscrite au contrat de plan Etat-Région. Mais l'essentiel résidait dans les espoirs partagés et rassemblés sur la base d'une demande locale et de leur reconnaissance commune, chaque projet étant géré par une association autonome. Leur fédération n'étant même pas formalisée mais pour autant efficace en termes d'interconnaissance.

Ainsi libérées des carcans administratifs, les actions culturelles entreprises, loin du monolithisme mercantile auquel les politiques néo libérales nous conduisent, reposait alors sur des financements croisés, entre les instances publiques et les initiatives privées, et surtout permettait de développer une économie culturelle non marchande, via notamment les entreprises sociales et solidaires, les associations, dont les acteurs culturels étaient maîtres et gestionnaires de leurs choix, sur la base de l'égalité des partenaires, au service du plus grand nombre des concitoyens ainsi associés sur la base d'intérêts communs et de valeurs partagées. Initiative loin d'être unique puisque de semblables initiatives existaient en ces temps en Poitou (l'UPCP) en Bretagne (l'UR Bretonne) en Bresse (l'UR bressane) etc. Chaque année un rassemblement national permettait les échanges et la réflexion commune et ouvrant les « cultures locales » sur le monde.

25 ans après, force est de constater que la bureaucratie culturelle étatique a mis fin à ces expériences en leur substituant des « appels à projets » soit disant décentralisés mais permettant aux technocrates de retrouver leurs pouvoir un temps mis à l'écart car les institutions se défendent. !

Ouvrir la brèche.

Aussi, repenser nos relations à la chose culturelle, est un combat à entreprendre, à poursuivre car des expériences existent déjà, dans des sortes de laboratoires où s'expérimente la démocratie directe, où se vivent des relations horizontales, des prises de décision sans délégation, et qui ouvrent des brèches critiques dans les systèmes de domination en place.

En faire l'inventaire et les promouvoir aura forcément force d'exemple créant de nouvelles dynamiques. « Il nous faut désormais envisager la culture comme un système faisant communiquer, dialectisant, une expérience existentielle et un savoir constitué» écrivait Edgar Morin en 1984, c'est désormais de la plus vive actualité, et ouvre de grands espoirs.

Quand il n'y a donc plus d'ordre pur, ni innovation, ni création, ni évolution, et plus d'existence vivante et humaine[18], imaginer « un autre développement culturel », ce sera donc, à l'inverse, tout ce qui consistera à valoriser corps et esprits, dans une démarche d'« écologie culturelle », en tenant compte de tous les éléments qui y contribuent (terroirs, environnement, société).

Les modèles ne seront, dés lors, plus recherchés dans un ailleurs moderniste universel, ni dans les modes d'existence consuméristes, mais dans la socialité quotidienne, dans l'appropriation et la fusion des traditions comme des créations locales. Paradoxalement, dans ce sens, le développement culturel passe aussi par un recours à l'archaïque revisité, devenant ainsi une alternative à la modernité.

Cette position, en commun avec le mouvement de la Contre Culture, tend à optimiser une position d'exclusion, de marginalité, au regard de la culture dominante, c'est dans la grande tradition de l'Education populaire, celle « des » cultures populaires comme sources et matrices/motrices de développement. Elle possède un atout supplémentaire : proposer une critique radicale d'une culture axée sur le progrès, dont le mythe coexiste à la plupart des projets culturels, dictat du fait positif, la dictature de la sécularisation scientiste et technique, laquelle aboutissant à la séparation instituée entre Nature et Culture, désenchante le monde et désespère banlieues et territoires ruraux où pourtant tant de choses peuvent se dire s'échanger, se co-construire. Si l'on veut bien considérer les dynamismes à l'oeuvre...

« L'un des intérêts d'une réflexion anthropologique, c'est de réanimer et réorienter la pensée et notamment de tisser des liens inédits entre le sensible, le social et le politique...Partager le sensible c'est parler ensemble boire, manger ensemble, écouter ensemble, aller au théâtre etc.. le politique et le sensible ne peuvent plus alors être considérés de manière binaire... »

François Laplantine, Le social et le sensible, éd Teraèdre, 2005.


Manifeste transculturel

Les cultures ne sont pas des systèmes fermés et autochtones... elles sont à leur tour ouvertes et quelquefois éventrées par les aléas de l'histoire ».

Gilbert Durand, 1989.

Face au déferlement des puissances de l'argent, des avidités, de la corruption qui se généralise en imposant des codes de communication a minima pour mieux endormir les peuples, c'est bien à une culture commune, transversale à toute l'humanité, souvent culture de révolte contre l'ordre établi, que nous devons nous référer sans pour autant sacrifier la diversité des approches, des modalités d'existence, puisque en tous lieux et en toutes saisons les hommes ont toujours aussi bien pensé (Levi Strauss).

Il nous faut abandonner nos identités figées, les ukases frileux et tout rassotés de nos Jobelins Bridés contemporains, désormais nommés experts, -d'ailleurs souvent autoproclamés-, pour adopter une vision du monde fluide, dynamique, transitionnelle et partagée, sensible aussi face aux =technocraties glacées, quand apparaissent des sources désormais extra sociales de l'Institution, quand les communs s'instituent face à l'Institué, quand les peuples se réveillent et se découvrent des intérêts communs, partagent des enthousiasmes, alors que notre premier bien commun, la Terre Mère, est en passe d'être sacrifié sur les autels du profit et de l'indifférence.

Après l'homme unidimensionnel produit par l'objectivité causale linéaire, penser l'homme transculturel, c'est aussi emprunter les chemins de la Tradition croisés avec ceux de la révolution numérique, faire retour à «l'unité perdue de la Nature humaine» (Morin), prendre acte de savoirs ouvrant à des pratiques qui ne seront plus instruments de pouvoir, mais médiation, dialogue négociation entre pairs, c'est nous acheminer collectivement vers la reconnaissance de ce qui advient.

L'échange des cultures est de ce fait une impérieuse nécessité.

« Représentez vous un monde autre, écrivait François Rabelais au Tiers Livre, où chacun prête, où chacun doive, où tous soient débiteurs, où tous soient prêteurs. Oh ! Quelle harmonie parmi ces mouvements réguliers des cieux ? ».

La « Société Monde » n'est pas l'ensemble des individus socialisés et se vivant autonomes. Elle réunit les formes rationnelles dans lesquelles ils se reconnaissent et celles par lesquelles ils se socialisent.

Les réseaux de nos jours en accélérant les échanges peuvent contribuer à nous différencier des sociétés qui nous ont précédés car nous vivons bien un nouveau type de sociabilité. Voici venu celui des communautés transactionnelles, parties prenantes d'une communauté plus large, celle des humains. Elles diffusent leurs modèles culturels d'une société à l'autre, à l'horizon d'une entente universelle. Elles nous mettent en position de comprendre l'autre, les autres, le tout autre, dans la mise en commun des différences, dans le combat contre ce qui porte atteinte à l'humanité.

Marqueur premier de cette société de l'échange généralisé, la transculturalité est une autre façon de concevoir les cultures non plus comme des ilots distincts ou hostiles les uns aux autres mais comme des réseaux interactifs de sens et de pratiques qui s'enrichissent mutuellement.

Elle apparaît justement de façon prégnante sur la scène mondiale, au moment où les cadres de pensée craquent et quand l'écrit n'est plus en position hégémonique dans les mécanismes d'appropriation culturelle. Là où les sociétés modernes se vivaient dans des systèmes revendiquant, en commun, un ensemble d'idées sur la nature humaine, elle indique l'importance commune à l'espèce humaine, de nos différentes facultés, de nos droits et les devoirs, elle nous conduit vers une position qui admet transferts, échanges, transactions, négociation et concessions réciproques.

Là où la Modernité créait des frontières et des octrois, ce que d'aucuns voudraient bien voir revenir, les sociétés que nous vivons fraient des voies, aménagent des passages, et leurs acteurs comme l'avait bien noté Simmel[19], se voient « en passant et se pensent en passeurs ». Le pont y est le point de passage où l'homme est cet « être frontière qui n'a pas de frontière»[20] ». Et les antagonismes, inévitables, génèrent une tension créatrice source de vie, ils sont moteurs de socialisation et ressorts de la pensée[21].

Car, là où la Modernité campait les Cultures sur des terrains connus et des territoires répertoriés, binarisait et dualisait les relations interculturelles, souvent sur la base d'imaginaires dits « nationaux », la position transculturelle constate que l'Autre est en nous et que nous sommes l'Autre. Ici la relation transculturelle se fait hybridité, « changeability and incertainty » et nous amène à envisager des liens ouverts fluides, liquides[22].

La Terre est devenue un « village global ». Il s'y développe « une culture de la virtualité réelle, installée dans un univers audiovisuel de plus en plus interactif. Cette culture pénètre les représentations et la communication mentale partout dans le monde, intégrant la diversité des modes culturels dans un hypertexte électronique » [23]. De fait, un nouveau monde est en train de naître dans la coïncidence de trois processus indépendants mais interactifs fondant la société en réseaux:

  • la révolution informatique,
  • les crises parallèles du capitalisme et de l'étatisme,
  • l'essor des mouvements culturels et sociétaux, dont celui des « communs ».

L'écosphère est ainsi devenue le cadre adéquat à l'émergence de cultures réellement partagées quand les réseaux sociaux entraînent de nombreux échanges entre artistes, publics et producteurs qui tiennent tour à tour des rôles devenus interchangeables.

De fait, la culture des disparités culturelles (langues, coutumes, etc.), seraient finalement plus à souhaiter qu'à regretter. Pour y voir clair le concept de « transculturalité[24] » combat ceux qui veulent sans cesse opposer les cultures en invoquant le « choc des civilisation » dont on voit bien quels intérêts ils servent. Car l'histoire en a déjà fait long feu. Ainsi se crée sous nos yeux, induit par les réseaux à la fois vecteurs et producteurs, et surtout accélérateurs, un régime sociétal placé sous le signe de l'échange de ce qui nous est commun dans un contexte de transmutations constantes. Créatrice et jamais achevée, la société transculturelle est irréversible, elle induit des processus dans lesquels chacun peut échanger de façon non séparée et non exclusive. En émerge une réalité nouvelle en mosaïque, des phénomènes originaux et indépendants.

Ainsi la création de nouvelles communautés virtuelles réédifie le lien social en induisant de nouveaux temps et lieux de sociabilité, sans doute sur la base de liens faibles que Castells nomme « l'individualisme en réseaux » et Maffesoli « les nouvelles tribus » là où les ombres du passé et leurs sombres thuriféraires ne peuvent voir que danger de perte d'identités totalement illusoires.

Et certes la technologie est un puissant facteur transculturel, puisque nous sommes maintenant en train de transférer notre conscience dans le monde numérique, ceci dit tout en étant lucide des dangers que cela peut représenter sauf à cultiver dans le même sens l'esprit critique. Percevant le monde avec les technologies de la communication, nous voyons que celles-ci font désormais partie de notre conscience, laquelle construit le sens du réseau socio numérique, lequel s'impose comme une image fractale dans laquelle « chacun reflète le tout ». Si nous nourrissons des sentiments confus vis-à-vis de nos artefacts, (l'homo sapiens est aussi homo faber), nous ne devons pas oublier que vivre avec des artefacts, c'est l'essence même de toute culture. Le langage y joue un rôle fondamental qui habite nos forums et communautés grâce auxquels nous pouvons entrer en syntonie. En effet, « sans l'autre, il n'y a pas de réseau », ce qui ouvre de fait la porte à l'échange symbolique. Mais, renforcer la part de l'autre, cela suppose la mise en chantier de gestion démocratiques à la base, de refuser l'imposition de nouvelles normes verticales, et de lutter pour l'humain quand notre maison commune est de plus en plus sacrifiée par le cynisme des porteurs capitaux qui eux échangent bien et à grande vitesse.

Mais les technologies produisent des effets agglutinatifs. Dans nos errances virtuelles, elles sont constitutives d'un hypercortex[25] déterminant un autre univers de communication culturelle, une intelligence collective. Pierre Lévy insiste sur le fait que cette production s'opère sur un mode herméneutique et multi productiviste et Maffesoli d'une reliance à la source de la religiosité contemporaine[26].

Le réseau est le lieu, comme l'a écrit Gilbert Durand, du déploiement d'une imagination créatrice partagée et collective « ordonnance de l'être aux ordres du meilleur ... où l'espace s'est découvert comme la forme a priori de la créativité spirituelle et de la maîtrise de l'esprit sur l'âme du monde[27]».

Sauf à se condamner à disparaître dans l'insignifiance généralisée, des politiques transculturelles ne peuvent que s'en saisir, à la fois pour déjouer les pièges de la marchandisation des artefacts proposés si ce n'est imposés, et pour instaurer une nouvelle ère de communication culturelle laquelle est d'ailleurs déjà en marche !

Elle nous emporte dans un lieu de nulle part (utopie), celui d'une transculturalité vécue comme « whole earth conspiracy » et nous conduit, faisons en le pari, à l'eutopie.

« Utopie d'aujourd'hui, vérité de demain », écrivait Victor Hugo et notre horizon utopien est bien, maintenant, celui de la société transculturelle.

Georges Bertin[28].


[1] Op.cit. p.182

[2] 695000 entrées en septembre2013 pour les occurrences liées à cette expérience en français sur le net, 4940 000 en espagnol, 76000 en portugais, 250000 en anglais etc.

[3] Morin Edgar, Penser l'Europe, Gallimard, 1987.

[4] Emmanuel Kant - "Critique de la faculté de juger", Ed : Gallimard (Pléiade, tome 2), 1985, p1144,

[5] Cf. Imaginaires et Utopies entre marges et marchés, numéro d'Esprit Critique, dirigé par Nizia Villaça et Georges Bertin, mars 2010.

[6] Ardoino Jacques, Education et Politique, Gauthier Villars, 1977.

[7] Mouvement Utopia, Propriétés et communs, éditions Utopia, 2017.

[8] Conférence au Collège de France, 18-02-03.5

[9] in Esprit Critique, Janvier 2011.

[10] Bera Mathieu, Lamy Yvon, Sociologie de la Culture, Armand Colin, 2003.

[11] Morin Edgar, Introduction à la pensée complexe, Paris, ESF, 1974, p.78.

[12] Cf Langlois Jacques, La Liberté, Les éditions, libertaires, 2016.

[13] Bertin Georges et Rauzy Danielle Pour une autre politique culturelle L'Harmattan, 2012.

[14] Esprit Critique 2011 , op.cit.

[15] Op.cit. p. 139

[16] Administratrice civile, après avoir suivi le secteur audiovisuel public à la Direction du développement des médias, de 2000 à 2003, elle a ensuite exercé des fonctions de rapporteur dans les juridictions financières. Elle rejoint en 2006 le Centre national du cinéma (CNC), d'abord à la direction de l'audiovisuel, puis comme directrice financière et juridique, et enfin, comme directrice générale déléguée. http://www.culturecommunication.g

[17] Office Franco-Québecois pour la Jeunesse.

[18] Morin Edgar, Introduction à la pensée complexe, Paris, ESF, 1974, p.78.

[19] Simmel Georg, L'Aventure in Philosophie de la Modernité, Paris, Payot, 1989.

[20] Maffesoli Michel, Du nomadisme, vagabondages initiatiques, Paris, LGE, 1997.

[21] Lapierre Nicole, de Georg Simmel à Sigfried Kracauer, in Communications, 70, 2000, pp45-52

[22] Van Sayek Pascal, Transgressions: binaries revisited, in Nationalism and social imaginary : negotiation of social signification... doctorat d'études transculturelles, Université Jean Moulin, Lyon, 2011

[23] Castells Manuel, Fin de Millénaire, in L'ère de l'information3, Blackwell P. Oxford 1988 et Fayard 1999 p 14

[24] Voir Bertin Georges La société transculturelle, Edilivres, 2014

[25] Levy Pierre in Technomagies op cit p 142sq.

[26] Maffesoli op. cit. p 165

[27] Durand Gilbert, Les structures anthropologiques de l'Imaginaire, Dunod, 1985, p. 499.

[28] Ex délégué Utopia 49, docteur HDR en sciences sociales, ancien directeur d'une mission de développement culturel puis d'un office départemental de la Culture pendant 15 ans. A enseigné la sociologie du développement culturel aux universités de 1984 à 2008. Ancien directeur de recherches au CNAM, membre du Centre international de recherches sur l'Imaginaire, essayiste, conférencier.